Métiers en tension dans l’industrie : montrer l’atelier pour recruter

Métiers en tension dans l'industrie : montrer l'atelier pour recruter

Chaque année, l’enquête Besoins en main-d’œuvre publiée par France Travail rappelle aux industriels une réalité qu’ils connaissent bien : les métiers de la chaudronnerie, de la soudure ou de l’usinage reviennent régulièrement parmi ceux pour lesquels les employeurs déclarent le plus de difficultés de recrutement.

Prenons un cas typique. Un poste de régleur sur commande numérique est ouvert depuis huit mois dans une PME de mécanique de précision. L’annonce a circulé sur plusieurs sites d’emploi, l’agence d’intérim a proposé deux profils, aucun n’est resté. On explique souvent cette situation par le manque de candidats formés, et c’est vrai en partie. Une autre cause est moins souvent citée : la plupart des gens n’ont jamais mis les pieds dans un atelier moderne, et ils imaginent ce qu’ils ne voient pas.

Un problème de visibilité autant que de compétences

Demandez à un lycéen, ou à ses parents, de décrire une usine. Les images qui viennent datent souvent de plusieurs décennies : du bruit, de la graisse, des gestes répétitifs, peu de perspectives. Un centre d’usinage cinq axes piloté depuis un écran, un laboratoire de métrologie, une cellule robotisée qu’un technicien programme depuis son pupitre ne font pas partie du décor mental. Personne ne postule pour un métier qu’il ne se représente pas.

Le constat vaut aussi pour les adultes en reconversion. Un ancien cuisinier ou un ancien mécanicien automobile possède souvent ce qu’on cherche chez un futur opérateur, la rigueur et l’habileté manuelle en tête. S’il ne pense pas à l’industrie, c’est qu’il n’a aucune idée de ce qu’on y fait au quotidien.

Le choix des visages compte aussi. Un film où n’apparaissent que des hommes de plus de quarante ans dit implicitement à qui le poste est destiné, même si personne ne l’a voulu. Montrer une conductrice de ligne, un jeune régleur sorti d’alternance et un technicien proche de la retraite qui transmet son savoir élargit d’emblée le cercle des gens qui se sentent concernés.

Un régleur regarde d’abord les machines

Un technicien expérimenté ne se laisse pas convaincre par un plan de drone sur le parking. Il guette des détails que le service communication ne soupçonne pas toujours. L’âge et l’état du parc, d’abord : une commande numérique récente et un tour des années 1990 ne promettent pas le même travail. Le type de production, ensuite, entre grande série et pièces unitaires à tolérances serrées. L’organisation des horaires, enfin, en journée, en 2×8 ou avec une équipe de nuit, et la façon dont se passe la relève.

Il veut aussi savoir comment il progressera. Sera-t-il formé à la programmation ou cantonné au réglage ? L’entreprise finance-t-elle des certifications reconnues par la branche, comme les CQPM dans la métallurgie ? Le témoignage d’un opérateur devenu programmeur répond à ces questions bien mieux qu’une phrase sur les « perspectives d’évolution ».

Un film marque employeur en milieu industriel gagne donc à être tourné au poste, machines en marche, plutôt qu’en salle de réunion. Un régleur qui explique devant sa machine comment il prépare un changement de série en dit plus long qu’un discours sur l’industrie du futur. Le candidat y voit l’outil, le geste et le niveau d’exigence, et il peut se demander honnêtement s’il saurait faire.

Vos images montrent aussi votre culture sécurité

Un professionnel du métier repère en une seconde un opérateur sans lunettes, un carter ouvert ou une allée encombrée. Ce qui passe inaperçu pour le grand public lui en dit beaucoup sur la manière dont l’entreprise traite ses équipes. Une fois diffusé, le film devient un document public sur vos pratiques, regardé par des gens qui savent lire un atelier. Ils verront aussi tout de suite si une opération est montrée telle qu’elle se pratique ou si elle a été arrangée pour la caméra.

Faire relire le montage par le responsable HSE évite ce genre de mauvaise surprise. La même prudence vaut pour les pièces produites : dans l’aéronautique, la défense ou l’automobile, certaines sont couvertes par des accords de confidentialité avec les donneurs d’ordres, et un plan serré peut poser problème. Mieux vaut le vérifier avant la diffusion qu’après.

Parler aussi aux jeunes, aux parents et aux écoles

Dans l’industrie, une bonne partie des recrutements passe par l’alternance. Or le choix d’une filière se fait souvent à quinze ou seize ans, en famille et avec les professeurs. Ce public ne lit pas les offres d’emploi. Il se fait une idée des métiers dans les forums, aux journées portes ouvertes des lycées professionnels et des CFA, ou pendant le stage d’observation de troisième.

Pour ces jeunes, un apprenti qui raconte sa semaine, entre l’atelier et le centre de formation, compte davantage qu’un responsable des ressources humaines. Il parle comme eux, il a leur âge à quelques années près, et il montre qu’on peut être payé en apprenant un métier. Les parents, eux, cherchent surtout à être rassurés sur la sécurité et les débouchés : un atelier propre et un apprenti embauché à la fin de son contrat leur parlent davantage qu’un discours sur la réindustrialisation. Attention toutefois : si l’apprenti est mineur, l’autorisation de diffuser son image doit être signée par les titulaires de l’autorité parentale.

Parmi les salariés que vous ferez témoigner, prévoyez enfin au moins une personne arrivée dans l’industrie sans formation technique initiale, une ancienne vendeuse devenue opératrice sur presse ou un ancien boulanger passé à la conduite de ligne. Son parcours répond mieux que n’importe quel argument à la question que se posent en silence les candidats en reconversion : ce métier m’est-il accessible ?